Texte de Janet E Silver
« Un Canadien sur deux utilise les plateformes en ligne comme principale source d'information. » C'est ce qu'affirme Trevor Potts, directeur de la recherche et des politiques chez Evidence for Democracy, un regroupement citoyen qui milite en faveur de l'utilisation de données scientifiques dans les décisions politiques.
Selon des études récentes, les Canadiens sont de plus en plus nombreux à s'informer via les réseaux sociaux, s'exposant ainsi à un flux croissant de fausses informations, souvent amplifiées par l'intelligence artificielle.
Le gouvernement du Canada définit ainsi la désinformation : « une fausse information qui vise délibérément à induire en erreur. C'est ce qu'on appelle parfois de fausses nouvelles. »
D'après M. Potts, la désinformation sur le Web nuit gravement et en priorité aux personnes marginalisées et racisées. Au Canada, les communautés issues de la diaspora subissent aussi des menaces et de la désinformation provenant directement d'États étrangers.
Arrivée au Canada quelques mois après le massacre de la place Tiananmen de 1989, l'ancienne présidente de Canada-Hong Kong Link, Gloria Fung, milite pour la démocratie depuis son séjour à Hong Kong et continue de le faire aujourd'hui.
« Je reçois constamment des appels de menace me sommant de ne plus me mêler des affaires de Hong Kong et de la Chine », a déclaré Mme Fung à CPAC. Elle est loin d'être un cas isolé. Moninder Singh, porte-parole national de la Fédération sikhe du Canada, a lui aussi été menacé à maintes reprises ces quatre dernières années, sa femme et ses deux enfants ayant même été visés par des menaces de mort. Les immigrés iraniens, russes et d'Europe de l'Est ainsi que les défenseurs de la démocratie, sont également pris pour cible, tout comme les dirigeants communautaires et les politiciens.
Le député conservateur Michael Chong a été pris pour cible par le gouvernement chinois lors des élections fédérales de 2019 et 2021. Il souhaite que le gouvernement fédéral divulgue davantage d'informations sur les opérations de désinformation menées par des acteurs étrangers, afin que le public soit informé et puisse prendre des décisions en connaissance de cause.
« Face à la désinformation, notre premier réflexe doit être de renforcer la résilience de notre société en donnant aux citoyens les moyens de s'informer. Il faut concilier la défense de la liberté d'expression et la lutte contre la désinformation », a affirmé M. Chong.
Aengus Bridgman, professeur adjoint à l'École de politiques publiques Max Bell de l'Université McGill, à Montréal, affirme que chaque pays dispose de sa propre stratégie pour diffuser de la désinformation au Canada. Le modèle russe cible les pays occidentaux et le grand public en utilisant de faux sites web et les réseaux sociaux pour promouvoir et encourager la diffusion d'informations spécifiques. Le modèle chinois cible la diaspora dans sa langue maternelle, tant sur les réseaux sociaux qu'en présentiel. Les acteurs étatiques iraniens et indiens ne disposent pas d'une stratégie spécifique et recourent à des modèles légèrement différents, qui, selon M. Bridgman, peuvent inclure des agressions physiques.
En septembre 2023, le gouvernement du Canada a créé l'Enquête publique sur l'ingérence étrangère, dont les travaux ont été menés par une commission présidée par la juge Marie-Josée Hogue. L'enquête a porté sur les ingérences de la Chine, de la Russie et d'autres États étrangers dans les élections de 2019 et 2021. La commissaire a conclu que la répression transnationale était devenue un « véritable fléau » pour le processus démocratique au Canada et que « la manipulation de l'information (qu'elle soit d'origine étrangère ou non) constituait la plus grande menace pour notre démocratie ».
S'inspirant des recommandations de Mme Hogue dans son rapport final de janvier 2025 pour contrer la répression transnationale, le gouvernement a instauré la Loi et le Règlement sur la transparence et la responsabilité en matière d'influence étrangère. Ces mesures sont entrées en vigueur le 4 août dernier, parallèlement à la nomination d'Anton Boegman au poste de commissaire à la transparence en matière 'influence étrangère.
« Nous aidons les Canadiens et les Canadiennes à mieux comprendre la manière dont l'influence est exercée, au nom de qui et la façon dont le processus décisionnel public peut être façonné, tout en renforçant la confiance dans nos institutions démocratiques », a déclaré M. Boegman dans un communiqué publié à la suite de sa nomination officielle.
Si la communauté de la diaspora accueille favorablement cette initiative du gouvernement fédéral, elle souhaite également qu'il propose des formations à l'éducation aux médias afin d'aider les communautés à repérer les campagnes de désinformation.
Elle souhaite également que le gouvernement responsabilise davantage les plateformes de de réseaux sociaux et facilite le repérage des contenus générés par l'IA en ligne.
Le rapport de la juge Hogue abonde dans le même sens.
« Le gouvernement devrait envisager d'obliger les organes de presse et les médias sociaux à étiqueter les contenus modifiés. Le gouvernement devrait explorer les technologies existantes et envisager d'aider les organisations de la société civile (telles que les observatoires des médias et les universités) à développer un outil accessible au public pour aider les citoyens à vérifier si le contenu numérique est fabriqué ou modifié », recommande la juge Hogue.
« Nous vivons aujourd'hui dans un monde très complexe, qu'il s'agisse des défis de l'ingérence étrangère, des mutations de l'écosystème médiatique ou de l'évolution de notre consommation de l'information. C'est la confiance du public dans nos institutions qui est ébranlée, mettant en péril les fondements mêmes de notre démocratie », a affirmé M. Potts.
Au cours des prochains mois, CPAC diffusera une série en huit épisodes portant sur notre écosystème de l'information. Le premier épisode, intitulé « La désinformation et les communautés de la diaspora canadienne », sera diffusé le 27 septembre à 17 h 30 (heure de l'Est). À voir, à CPAC.
Ce projet a été rendu possible en partie grâce au gouvernement du Canada.